Le partenariat en matière de patrimoine et d’archéologie

La France est le partenaire historique du Cambodge à Angkor, dont le patrimoine architectural a été étudié et mis en valeur depuis 1907 par les spécialistes de l’Ecole française d’Extrême-Orient. Interrompue pendant la période des Khmers rouges, notre coopération a repris sur des bases nouvelles après les accords de paix de 1991.

Depuis plus d’un siècle, l’Ecole française d’Extrême-Orient (EFEO) est un acteur essentiel de la sauvegarde, de la restauration et de la mise en valeur du patrimoine cambodgien. Par ses travaux de restauration des monuments angkoriens, de conservation et de recherche archéologique, ainsi que par son engagement dans le domaine de la formation, l’EFEO est depuis longtemps un acteur incontournable de la scène culturelle et scientifique cambodgienne.

Le Comité international de coordination pour la sauvegarde et le développement du site historique d’Angkor (CIC-Angkor)

Dans l’ensemble patrimonial cambodgien, Angkor occupe bien entendu une place très particulière. Avec plus de 2 millions de touristes étrangers par an, 4 millions de visiteurs en tout, il est un site majeur inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.

Etabli lors de la Conférence intergouvernementale pour la sauvegarde et le développement du site historique d’Angkor et de sa région (Tokyo - 12 et 13 octobre 1993), en réponse à l’appel de feu le Roi-Père NORODOM Sihanouk, le CIC est un partenariat international exemplaire qui reconnaît le site d’Angkor comme l’un des patrimoines culturels les plus précieux au monde.

Le CIC-Angkor, co-présidé par la France et le Japon depuis sa création, a été mis en place en vue d’assurer la coordination des projets scientifiques, de restauration et de conservation du site, exécutés par le gouvernement cambodgien et ses partenaires internationaux. Son rôle est de conseiller le gouvernement cambodgien et l’Autorité nationale APSARA dans leur mission de développement harmonieux du site.

Plus de vingt-cinq ans après la création du CIC, l’action pour la conservation et le développement durable d’Angkor se poursuit. La dernière réunion du CIC-Angkor a eu lieu les 24 (27ème session technique) et 25 (23ème session plénière) janvier 2017.

Le site d’Angkor est devenu un modèle de gestion patrimoniale unique au monde, grâce notamment à la dynamique de coopération politique, technique et scientifique engendrée par le CIC. L’exemple d’Angkor est régulièrement cité dans les conférences sur le patrimoine mondial, comme ce fut le cas les 2 et 3 décembre 2016 à Abou Dhabi lors de la Conférence internationale sur la protection du patrimoine en péril. Aussi, la complexité et la richesse des interventions sur le site ont pu produire des résultats de qualité observables aujourd’hui.

La croissance exponentielle du tourisme constitue tout autant une preuve du succès de la gestion du site d’Angkor que le principal défi à relever dans les années à venir. Sous l’autorité de l’APSARA, l’équipe du Plan de Gestion Touristique est en charge de la mise en œuvre de mesures permettant un tourisme responsable et respectueux du site.

Sur le modèle du CIC-Angkor, le Comité international de coordination pour la conservation et la valorisation du site de Preah Vihear (CIC-Preah Vihear), dont la première session plénière s’est tenue le 3 décembre 2014, a pour objectif d’assurer le développement harmonieux du site. La France est membre de ce comité, actuellement co-présidé par l’Inde et la Chine.

Projets de conservation, restauration et mise en valeur du patrimoine

La sauvegarde du patrimoine est au cœur de la coopération française avec le Cambodge. Au-delà du CIC-Angkor, la France soutient la mise en œuvre de programmes de conservation et de restauration, et continue d’apporter un appui technique de haut-niveau grâce aux experts de l’Ecole française d’Extrême-Orient (EFEO), présente sur le site d’Angkor depuis plus d’un siècle. Cet appui technique touche ainsi l’inventaire et la conservation du patrimoine, ainsi que la formation de spécialistes cambodgiens.

En 1907, les autorités cambodgiennes confient l’inventaire et la préservation du site d’Angkor à l’EFEO, qui crée la « Conservation d’Angkor », institution rattachée après l’indépendance du pays au ministère cambodgien de la Culture, mais dont la direction a été confiée à l’EFEO jusqu’en 1975. Cette dernière a joué un rôle déterminant dans la création et la mise en place d’institutions culturelles cambodgiennes majeures, telles que le Musée national du Cambodge, l’École supérieure de pâli, la Bibliothèque royale et l’Institut bouddhique de Phnom Penh.

En 1996, l’École française d’Extrême-Orient installe au Musée national de Phnom Penh un atelier de conservation-restauration de sculptures. L’EFEO conduit plusieurs projets de recherche à Phnom Penh (inventaire archéologique, archéologie hors Angkor et histoire sociale et culturelle du Cambodge ancien) comme à Siem Reap (évaluation archéologique générale du site d’Angkor Thom, archéologie de l’aménagement territorial de la région d’Angkor, structure du palais royal d’Angkor Thom, recherches sur les hôpitaux de Jayavarman VII).

L’un des chantiers les plus importants menés par l’EFEO sur le site d’Angkor est la restauration du temple du Baphuon. Implanté au cœur de l’ancienne cité royale d’Angkor Thom, et occupé sans discontinuité pendant plusieurs siècles, ce temple-montagne est l’un des plus grands édifices religieux du Cambodge ancien. La grande entreprise de restauration du Baphuon, entamée dans les années 1960, a été interrompue en 1971 par la guerre. De 1995 à 2011, la France a soutenu l’EFEO, en partenariat avec l’Autorité nationale APSARA, dans son important programme de restauration. La disparition des archives du chantier en 1975 suite à la période des Khmers rouges, ainsi que l’étendue du champ de dépose, en ont fait l’un des chantiers les plus difficiles de l’espace angkorien.

La France apporte aujourd’hui son appui aux autorités cambodgiennes concernées, au premier rang desquelles l’APSARA, à la restauration du temple du Mébon occidental. Malgré des dimensions relativement modestes et le caractère minimaliste de son architecture, cet ensemble est un monument phare du site d’Angkor. Le chantier, situé au cœur du Baray occidental, et de fait sous eau une bonne partie de l’année, représente un défi technique majeur.

La contribution française en matière d’archéologie

La recherche archéologique contribue à la compréhension globale du site d’Angkor et plus largement de l’identité khmère.

Depuis plusieurs années, l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) assure au Cambodge la détection et l’étude du patrimoine archéologique touché par les travaux d’aménagement du territoire. L’Inrap exploite et diffuse l’information auprès de la communauté scientifique et concourt à l’enseignement, à la diffusion culturelle et à la valorisation de l’archéologie auprès du public.

Entre 2004 et 2014, l’Inrap a conduit un vaste programme archéologique consacré d’une part à la fouille des sites localisés sur le domaine de l’aéroport de Siem Reap, et d’autre part à la fouille et la conservation de deux sites majeurs (Prasat Trapeang Ropou et Prasat Preï) situés en périphérie de l’aéroport, en amont de ses travaux d’extension. En 2016, les résultats de ces fouilles archéologiques préventives ont été rendus accessibles au public dans le cadre de l’exposition « Vivre à l’époque angkorienne » au Musée national de Phnom Penh.

Le 31 décembre 2016, l’Autorité nationale APSARA et l’Inrap ont signé une convention-cadre de coopération internationale pour la conduite d’activités opérationnelles, scientifiques et culturelles dans le cadre de l’étude et de la mise en valeur du site d’Angkor, renouvelant ainsi la convention signée en février 2010 puis en juillet 2013 entre ces deux entités.

D’autre part, les projets MAFKATA, Cerangkor, Angkor Thom et Yaçodharâçrama, portés par des experts français, ont permis d’étudier l’évolution des aménagements urbains, agraires et hydrauliques, la présence chinoise et hindouiste à l’époque préangkorienne, la fonction des âçramas (fondations religieuses et éducatives) ou encore les activités artisanales des monastères, dont la poterie. Ces missions ont également permis de recourir à des techniques de recherche modernes (telles que l’analyse chimique par fluorescence ou les études par géoradars), mais aussi de former le personnel archéologique de l’Autorité nationale APSARA.

En 2016, la Commission consultative des recherches archéologiques à l’étranger a sélectionné trois projets au Cambodge, auxquels elle apportera un soutien financier : « Angkor et Cerangkor », « Préhistoire : Laang Spean » et « Yaçodharâçrama ».

Appui français à la formation aux métiers du patrimoine

En parallèle à la signature de la convention entre l’APSARA et l’Inrap en décembre 2016, le ministère français de la Culture et de la Communication, et le ministère cambodgien de la Culture et des Beaux-Arts ont signé une convention visant à développer un programme franco-cambodgien d’expertise, d’échanges et de formation dans les domaines du patrimoine et de l’archéologie préventive.

Ce programme s’inscrit dans la lignée des actions précédentes conduites par le ministère français de la Culture et de la Communication, et notamment de la direction générale des patrimoines, visant à appuyer la formation de professionnels dans les secteurs de la conservation, de la restauration et de la mise en valeur du patrimoine, et ce depuis 1993.

Avec le soutien financier des ministères français de la Culture et des Affaires étrangères, et en partenariat avec l’Ecole de Chaillot, un Centre régional de formation aux métiers du Patrimoine, couvrant le Laos, le Vietnam et le Cambodge, a été créé à la rentrée universitaire de 2007. Depuis 2009, ce Centre régional fait partie du Centre du Patrimoine, établissement public sous tutelle du ministère de la Culture et des Beaux-arts du Cambodge, qui abrite également la Mission du patrimoine, créée en 2005 avec l’appui de la France.

De son côté, à Phnom Penh, l’EFEO collabore avec l’Université royale des Beaux-Arts, et notamment la faculté d’archéologie, dans le cadre du projet Manusastra (« sciences humaines » en khmer) d’appui à la formation et à la recherche. De plus, les deux centres de l’EFEO, à Siem Reap comme à Phnom Penh, accueillent régulièrement des étudiants et des doctorants boursiers de l’EFEO, ainsi que des stagiaires cambodgiens et européens sur les chantiers

Dernière modification : 09/06/2017

Haut de page